Le Canada est un pays qui produit de plus en plus d’œuvres vidéoludiques singulières, qui arrivent à proposer des récits à la fois novateurs et brillants. Entre un Spiritfarer qui nous a émus aux larmes, un Lil’ Guardsman qui au contraire nous a fait pleurer de rire, ou The Vale: Shadow of the Crown qui nous a fascinés pendant de longues semaines, le Canada s’impose progressivement comme un berceau fertile pour de très bons développeurs. Nous avons reçu Inhuman Resources: A Literary Machination du studio canadien Finnegan Motors. Est-ce que ce jeu, disponible le 16 avril 2026 sur l’eShop au prix de quinze euros, arrive à imposer son nom au milieu de ces brillants prédécesseurs ? Voici notre test !
Un roman interactif entre 1000xRESIST, Orwell et CorpoNation
Attention les personnes qui n’aiment pas lire : Inhuman Resources: A Literary Machination est un roman interactif. Même s’il y a quelques très légers mini-jeux, une grande partie du « gameplay » consiste à lire. Si vous n’aimez pas la lecture dans un jeu vidéo, tournez les talons, ce jeu (et ce test) n’est peut-être pas pour vous.
Inhuman Resources: A Literary Machination est un roman interactif de science-fiction horrifique. Nous incarnons une sorte de « loser » sans emploi qui vit dans un appartement miteux et à la propreté… douteuse. Alors que les fins de mois sont difficiles, notre tante nous appelle.
D’ordinaire encline à nous quémander le loyer en retard, cette dernière nous offre une opportunité en or en obtenant un entretien d’embauche chez SMYRNACORP. Bien que nous ne connaissions pas du tout l’entreprise, l’idée d’avoir un revenu stable, associé à la pression de notre tante, nous amène à passer l’entretien.
L’entreprise, comme le rendez-vous avec le responsable, Obuya, sont étranges. Nous ne savons rien de la fiche de poste, les questions sont plus philosophiques que pratiques, et pourtant, nous voilà engagé chez SMYRNACORP. Au moment du serrage de main de courtoisie… le responsable nous implante une puce mortelle dans le doigt !
Au moindre mot de travers, à la moindre pensée instable, cette dernière peut injecter un produit létal qui nous tuera sur le champ. Nous voilà devenu employé à vie de l’entreprise, obligé de travailler et de penser travail.
Nous n’irons pas plus loin dans l’histoire afin de ne pas vous divulgâcher le récit. Inhuman Resources: A Literary Machination propose une histoire entre 1000xRESIST, Orwell et CorpoNation: The Sorting Process. La narration est sombre, aux thématiques profondes, et elle nous emmène dans des dilemmes moraux intenses.
Le gameplay, nous l’avons déjà un peu abordé, repose en grande partie sur de la lecture. Le jeu se rapproche d’un roman interactif, où nous allons avoir des choix plus ou moins impactants qui modèleront notre aventure.
Une écriture mature et intelligente
Inhuman Resources: A Literary Machination a aussi une légère part de RPG. Certains de nos choix narratifs vont nous apporter des compétences… plus ou moins utiles pour la suite de l’histoire. Nous allons par exemple « obtenir » une dépression clinique d’entrée de jeu et des aptitudes pour l’Ultimate (frisbee). Nous gagnons aussi des objets qui, de la même façon, vont changer certains pans du récit.
Nous avons aussi de très rares mini-jeux (à vrai dire, un seul qui revient) assez amusants dans lesquels nous allons devoir arrêter une vidéo en noir et blanc (une vidéo d’archive) à un endroit précis pour résoudre l’énigme proposée.
Inhuman Resources: A Literary Machination est un court roman interactif qui réussit, grâce à son écriture maîtrisée et mature, à s’imposer comme une œuvre marquante. Nous avons pris un plaisir non feint manette en main à découvrir cet univers sombre et à vivre les aventures de notre personnage.
La structure est classique, assez lisible pour les amateurs de narration, mais elle n’en reste pas moins magnifiquement exécutée, avec des nœuds dramatiques intenses qui nous amènent à un climax qu’on n’arrive plus à lâcher, et ce même si l’heure de sommeil est passée depuis longtemps.
Les scénaristes d’Inhuman Resources: A Literary Machination ont créé des personnages parfaitement caractérisés, aussi attachants qu’antipathiques. Ils ont tous une personnalité ainsi qu’une histoire intéressante à découvrir. Dans cette même veine, l’univers est maîtrisé et le jeu va jusqu’au bout de ses intentions en proposant une critique intéressante de plusieurs sujets sociétaux actuels.
L’écriture, en elle-même (hors structure et personnages), est très belle, avec une maîtrise stylistique de haut vol qui nous permet une immersion totale dans le récit. Nous avons apprécié la plume des scénaristes, capables d’alterner avec brio les moments d’angoisse, de tristesse ou même de comédie.
Le récit est court (cinq à six heures en fonction de votre rythme), mais sa durée est parfaitement adaptée au récit déployé, permettant une expérience sans presque aucun temps mort et sans ennui.
Inhuman Resources: A Literary Machination se place vraiment dans le haut du panier en termes d’aventure narrative et il fait partie de ces pépites qui restent en tête après le générique de fin.
Malgré des défauts, un jeu qui marque les esprits
Malgré l’excellence du jeu, il comporte aussi quelques petits défauts qu’il convient de noter. La structure est classique, et finalement, malgré des rebondissements forts et intenses, l’histoire n’est pas si surprenante car les personnages, aussi bien écrits qu’ils sont, n’évoluent pas. Une fois que tout est figé, même si l’histoire est captivante, elle reste prévisible ce qui l’empêche d’être encore plus marquante. Nous avons aussi de légères longueurs juste après le premier acte qui sont rapidement oubliées.
L’écriture en français est soignée, avec une belle plume, mais quelques fautes d’orthographe viennent ternir l’expérience. Certaines interviennent lors du dénouement final, avec un scénariste visiblement fâché avec l’impératif (« ne soit pas » (sic) est répété plusieurs fois) qui peuvent sortir du récit à un moment émotionnellement clé.
Techniquement, le jeu souffre de quelques imprécisions parfois embêtantes. En mode docké, le mini-jeu bugue au niveau du zoom, nous forçant à récupérer la console en mode portable. La sauvegarde est peu intuitive, et le jeu se relance toujours quelques dialogues trop tôt et en langue anglaise. Il n’est jamais agréable de devoir retourner dans les fonctions à chaque fois pour changer des paramètres de base.
Finalement, et c’est peut-être le plus gênant, de nombreux documents (ainsi que le mini-jeu) sont placés dans de petits écrans où il est difficile de voir, même en zoomant. Dommage que les documents finaux, qui nous révèlent une partie de la vérité, soient dans ce petit écran difficile à consulter.
Ces problèmes techniques n’altèrent pas notre recommandation : oui, Inhuman Resources: A Literary Machination a des défauts, il n’en reste pas moins une expérience captivante à bien des égards qui pourrait occuper vos soirées.
Le rejouabilité n’est pas énorme. Même s’il y a plusieurs choix à prendre, le jeu n’a pas assez d’arguments pour nous donner envie de retourner sur nos pas. Après tout, l’histoire nous demande régulièrement d’assumer nos choix, et elle le fait assez bien pour que, peu importe la fin sur laquelle nous tombons, nous sommes satisfaits de notre décision et n’avons pas forcément envie de retourner en arrière.
Les graphismes peuvent dérouter : si nous avons aimé le minimalisme volontaire ainsi que le design des personnages, certains pourraient trouver cette austérité déroutante voire rebutante. Après tout, nous avons juste du texte sur un fond blanc avec quelques dessins des personnages. Notons aussi que le changement de fond, passant d’un blanc écarlate à un rouge sang (et inversement) piquent les yeux. C’est dommage, car les deux fonds sont intéressants.
La bande-son, tout aussi minimaliste, dépendra aussi de votre goût. Le jeu n’a pas de doublage mais les personnages sortent quelques onomatopées qui permettent un minimum d’immersion. Si l’absence d’un doublage est dommage, le côté très sobre est intéressant, car il permet d’insister sur cette petite puce mortelle qui émet régulièrement des « BIP » oppressants.
Nous vous joignons une vidéo de vingt minutes enregistrée par nos soins. La première partie est en anglais… car nous ne savions pas qu’une traduction française existait !
Conclusion
Inhuman Resources: A Literary Machination fait partie de ces pépites sorties de nulle part qu’on ne voit que très rarement dans l’industrie vidéoludique. Même si le jeu a quelques défauts, et qu’il n’est pas à recommander pour tous ceux qui détestent lire, c’est une expérience à l’écriture maîtrisée, aux thématiques matures, qui arrivent à vous prendre aux tripes et vous transportent dans un univers dystopique intelligent. Si vous aimez tout ce qui touche à la narration, n’hésitez pas, le jeu est intégralement en français.
LES PLUS
- Un roman interactif à l’écriture maîtrisée
- Une structure classique mais parfaitement exécutée
- Des personnages intéressants
- Des thématiques matures abordées de manière intelligente
- Des dilemmes moraux pertinents
- Une plume de qualité
- Un style minimaliste intéressant
- Un jeu qui alterne angoisse, tristesse et comédie
LES MOINS
- Pas fait pour ceux qui n’aiment pas lire
- Quelques fautes d’orthographe à des moments importants
- Un écran peu pratique pour voir certains documents
- Le style très minimaliste ne plaira pas à tout le monde
- Des bugs en mode docké pour le mini-jeu
- Le changement de couleur de l’écran qui pique les yeux





