Depuis des décennies déjà, les films interactifs et les jeux de séduction (et tout ce qui touche à l’érotisme) sont souvent la risée du jeu vidéo, avec des expériences majoritairement bâclées loin des standards attendus. Beaucoup de joueurs se rappellent encore de Plumbers Don’t Wear Ties, ce film interactif érotique qui figure encore dans la liste des pires jeux de tous les temps. Cependant, depuis quelques années déjà, ces deux genres regagnent lentement leur lettre de noblesse, avec des titres exploitant au mieux les possibilités de gameplay, comme Not For Broadcast pour le film interactif ou Date Everything! pour le jeu de séduction. Nous avons reçu Love Too Easily 2: Summer Pocha, un titre venu tout droit de Corée. Que nous donne ce film interactif axé sur la romance sorti le 30 avril 2026 sur l’eShop au prix de vingt euros ?
Avant de commencer le test, nous tenons à préciser que le jeu ne propose aucune traduction française. Un bon niveau en anglais est nécessaire pour jouer à Love Too Easily 2: Summer Pocha.
Un film interactif coincé entre ridicule et amateurisme…
Love Too Easily 2: Summer Pocha nous place dans la peau de Jinwoo. Jinwoo, c’est le loser classique des productions japonaises et coréennes. Timide, peu sûr de lui, bégayant, c’est un Woody Allen asiatique qui a du mal à s’exprimer dans la vie, et surtout avec les femmes.
Pour ne rien arranger à ce tableau peu flatteur, Jinwoo subit un grave accident qui le place dans un coma d’un mois. Quand il se réveille, il apprend qu’il a été viré de son travail et de son logement.
Et ce n’est pas tout ! Hwanjang, un ami de longue date, nous appelle pour qu’on vienne le voir à son pocha (restaurant typique coréen) situé… sur le toit d’un immeuble ! Alors qu’il nous demande de signer une pétition pour créer un parking, ce dernier s’enfuit.
Nous découvrons avec effroi que nous n’avons pas signé une pétition mais un accord de reprise de dette, un document qui stipule que nous sommes responsables de toutes les dettes de notre ami ! Nous voilà malgré nous responsable d’un pocha et surtout criblé de dettes avec des mafieux sur notre dos.
Cependant, tout n’est pas perdu. Notre restaurant est le lieu de rencontre de très jolies jeunes femmes au caractère bien trempé. Entre Sol, l’enthousiaste étudiante qui travaille à mi-temps pour nous, Anna, l’auteure qui a un sérieux problème avec l’alcool, Sarang, l’amour d’enfance qui revient de nulle part, Gain, la célèbre streameuse toujours positive et Nana, chanteuse d’un groupe de musique, nos journées sont chargées.
Le gameplay est très simple d’accès. Nous sommes dans un film interactif où nous aurons juste à suivre l’histoire. Parfois, nous aurons des choix à prendre. La grande majorité des choix nous amène à passer du temps avec une femme au détriment des autres afin de gagner des points d’affection avec elle. Tous ces points d’affection vont nous amener à la fin à sortir avec une des femmes, et, si nous nous débrouillons bien, à avoir une scène où nous embrassons l’élue de notre cœur.
En plus de ces décisions à prendre, Love Too Easily 2: Summer Pocha va nous apporter de très légères phases d’investigation où nous pourrons regarder le décor pour en savoir plus, ou bien cliquer sur certaines parties du corps des femmes (comme le cou ou l’oreille, rien de sexuel) afin d’avoir de légères interactions avec ces dernières.
… Mais un jeu qui assume ses défauts pour nous faire rire
Nous aurons aussi des passages encore plus furtifs (deux fois dans toute l’aventure) où le jeu nous demandera d’exécuter un mouvement de façon rapide pour asséner un coup de poing face à des assaillants.
Finalement, à la fin de chaque chapitre, nous pouvons offrir trois cadeaux afin d’augmenter la barre d’affection avec nos femmes préférées. Dans ce même temps, nous pourrons augmenter trois statistiques assez secondaires (empathie, intelligence, action) en choisissant quatre cours. Cette mini-part RPG, qui semble inutile, aura pourtant une part majeure en fin de partie.
Love Too Easily 2: Summer Pocha n’est pas un grand jeu. Ce n’est pas non plus un bon jeu. Nous avons un film interactif cliché, à la réalisation pauvre, au scénario tiré par les cheveux… mais qui possède une grande force : le jeu a parfaitement conscience de ses limites et joue avec. Au lieu de proposer une expérience limitée qui se veut sérieuse, nous avons une expérience certes qui ne marquera pas les esprits mais qui assume entièrement qu’elle ne révolutionnera pas l’industrie vidéoludique.
Certains passages sont drôles, avec un ridicule savamment orchestré qui coche toutes les cases attendues par le joueur. Les personnages ont des traits volontairement grossis, avec des personnalités cohérentes dans leurs extrêmes.
Anna, par exemple, auteure avec de gros problèmes d’alcoolémie, va boire et parler écriture dans quasiment chaque scène avec elle. Nous devons réaliser un nouveau menu pour le pocha ? Buvons pour trouver des idées de cocktail ! Panne d’inspiration pour le roman ? Un petit verre pour pallier la page blanche ! Dans ces eaux-là, chaque scène avec Gain tournera autour de ses followers et de son travail de streameuse.
L’écriture n’est pas exceptionnelle, les nœuds dramatiques sont souvent avec des rebondissements peu crédibles (notre pocha va même obtenir trois étoiles au guide Michelin !), mais ces derniers sont traités avec assez d’autodérision pour passer un moment sympathique sans prise de tête, un peu comme certaines telenovelas.
La réalisation est de ce même acabit. Love Too Easily 2: Summer Pocha fait le choix du plan subjectif : la caméra suit le regard de Jinwoo… et ce dernier a quand même une sacrée tendance à plonger ses yeux « par mégarde » dans les décolletés proéminents des personnages féminins.
Une expérience pas exceptionnelle mais qui permet de passer le temps
La plupart des scènes sont tournées sur fond vert avec un éclairage peu maîtrisé qui laisse apparaître la fausseté du décor. Nous voyons très régulièrement le projecteur sur le crâne des protagonistes qui crée une démarcation entre la photographie du décor à la lumière naturelle et la lumière artificielle placée sur le personnage.
Les indications ne sont pas assez claires et nous regrettons que la minuscule part RPG qui nous demande d’améliorer des statistiques devienne un frein sur certaines scènes finales. Plus généralement, nous n’avons rien contre un peu de RPG, mais nous avons la sensation qu’elle ne sert pas à grand-chose dans cette expérience.
Petit point positif : même si l’écriture est clichée, l’interprétation des comédiennes est irréprochable et elles parviennent à apporter de la crédibilité à des personnages pourtant très peu crédibles. Les comédiens masculins, en revanche, sont un peu « en roue libre », mais le ridicule assumé du film interactif sauve leur prestation assez gênante.
Love Too Easily 2: Summer Pocha est donc une expérience recommandable si vous cherchez un film interactif avec un peu d’érotisme (déconseillé aux moins de douze ans) sans prise de tête, au ridicule assumé qui se termine en trois – quatre heures (six – sept si vous voulez voir toutes les scènes). Cependant, si vous cherchez quelque chose de plus prenant, mieux réalisé, plus drôle ou plus marquant, tournez les talons. Love Too Easily 2: Summer Pocha reste une expérience limitée et il existe de nombreux jeux (voire de séries ou de films) qui font mieux le travail.
Sur Nintendo Switch, le jeu tourne presque sans accroc. Le jeu a quelques bugs à la fin de chaque chapitre, dont certains qui nous obligent à redémarrer la console (comme à la fin de la vidéo ci-dessous), mais malgré tout, la console fait le travail. Nous regrettons l’absence de tactile en mode portable même si cela n’a que peu d’incidence sur notre expérience. Le film interactif n’est pas traduit en français, et un bon niveau en anglais est nécessaire pour lire les sous-titres.
La bande-son est intéressante : la musique du jeu est agréable à écouter, et les quelques chansons sont réussies. En tournant sur fond vert, les développeurs s’assurent d’une qualité audio optimale en évitant les contraintes des tournages à l’extérieur (sons parasites et problématiques logistiques), ce qui est forcément un plus pour le jeu.
Nous vous joignons une vidéo de nos débuts sur l’expérience qui dure trente minutes. À cause d’un bug provoqué par le jeu susmentionné plus haut, la vidéo se termine abruptement, mais elle permet de voir si ce film interactif peut vous intéresser.
Conclusion
Love Too Easily 2: Summer Pocha est un film interactif avec mille et un défauts : l’histoire est clichée au possible, les personnages sont des caricatures ambulantes et la réalisation frôle parfois l’amateurisme avec un fond vert omniprésent et des plans très peu subtils sur les décolletés des personnages féminins… Pourtant, le jeu n’est pas non plus une catastrophe. En assumant totalement et en jouant de son côté kitsch et ridicule, il crée une expérience décalée qui ne bouleversera pas les esprits, mais qui n’est pas non plus si désagréable.
LES PLUS
- Un côté ridicule qui s’assume totalement
- Des clichés à tire-larigot
- Quelques passages drôles
- Une bande-son intéressante
- Un film interactif qui se regarde sans prise de tête
- Des comédiennes qui jouent bien
LES MOINS
- Aucune traduction française
- Ça reste très cliché
- Un ridicule qui s’assume, mais ridicule tout de même
- Une réalisation sans saveur
- Un éclairage douteux avec un fond vert bien visible
- Les personnages masculins qui ne semblent pas être dirigés
- Quelques bugs
- La part “RPG” qui frustre sur les scènes finales
- Ceux qui cherchent de vrais choix seront déçus







