Qu’il doit être dur d’être un jeune studio indépendant qui rêve de faire une simulation agricole ! Depuis sa première sortie en 2016, Stardew Valley impose sa présence, avec son gameplay complet, son contenu gargantuesque et sa passion distillée dans chaque détail de l’aventure. Pourtant, de nombreux développeurs tentent de tracer leur propre route et on peut citer les Américains de Pixel Sprout Studios (Sun Haven) et de Soda Den (Roots of Pacha) ainsi que les Indonésiens de Stairway Games (Coral Island) qui ont réussi à proposer des expériences proches mais malgré tout intéressantes. Notre regard se tourne désormais vers l’Europe, précisément vers les Pays-Bas, avec Moonlight Peaks, un jeu de simulation agricole qui nous amène dans un monde gothique. Que nous donne ce nouveau titre disponible le 7 juillet 2026 sur l’eShop au prix de trente-cinq euros ?
Avant de commencer le test, nous tenons à préciser que le jeu ne propose aucune traduction française. Un niveau courant en anglais est nécessaire pour jouer à Moonlight Peaks.
Un jeu de ferme qui reprend une recette qui s’essouffle
Moonlight Peaks est un jeu de simulation de vie agricole dans un univers « gothique ». Nous incarnons l’enfant de Dracula, qui, désabusé par son père, décide d’aller à Moonlight Peaks, une ville remplie d’êtres surnaturels. Nous allons gérer notre ferme dans un monde fantastique où se côtoient des vampires, des loups-garous, des sorcières, et même des divinités !
Le gameplay se situe quelque part entre Stardew Valley, Harvest Moon et Fae Farm, le tout dans l’univers graphique de la ville de Withergate de Sun Haven. Comme dans de nombreux jeux de simulation agricole, nous allons alterner les activités tout en discutant avec les habitants pour résoudre leurs problèmes.
L’agriculture fonctionne à peu près comme dans toutes les autres simulations. Nous avons des outils, des graines à acheter, et nous allons devoir arroser chaque jour pour avoir à la fin de belles cultures à récolter. Nous pouvons vendre directement notre récolte, mais nous pouvons aussi préparer de savoureux plats qui nous permettront de gagner encore plus d’argent.
L’argent nous permet « d’avancer » dans le jeu. Avec des revenus réguliers, nous pourrons acheter de nouvelles recettes, des meubles, des graines, installer des étables (et acheter des animaux), améliorer nos outils, agrandir notre maison, etc.
En plus de l’agriculture, nous pouvons pêcher, chasser les insectes, et miner. Ces éléments sont tous très simples d’accès. Pour pêcher, il suffit de lancer sa canne à pêche, d’attendre, et d’appuyer sur une touche au bon moment. Pour chasser, il faut poursuivre l’insecte et utiliser le filet avec le bon timing pour le capturer. Et pour miner, pas de danger, pas de monstre, il suffit de taper sur les rochers avec sa pioche.
Moonlight Peaks propose aussi un jeu dans le jeu, appelé Nokturna. Ce jeu de cartes très simple nous amène à affronter les habitants de la ville au meilleur des trois manches. Chaque manche est constituée de trois rounds dans lesquels nous pouvons poser une carte. Celui qui marque le plus de points remporte la manche.
Un gameplay complet mais une progression dirigiste
Les cartes peuvent avoir des effets et nous pouvons constituer des decks plus ou moins dévastateurs. Les cartes plantes restent sur le plateau à la fin du round, nous permettant progressivement de constituer une armada capable de tout détruire à la troisième manche. D’autres decks reposent sur des cartes sans effet mais très puissantes, comme les vampires, alors que les animaux de la ferme se renforcent entre eux.
Gagner à Nokturna n’est pas très utile, hormis pour quelques quêtes. Cependant, quand on remporte un match, notre adversaire est obligé de nous donner un exemplaire d’une de ses cartes qui nous permet de nous améliorer.
Moonlight Peaks fonctionne par saison, avec un cycle jour/nuit presque habituel : comme nous sommes l’enfant de Dracula, nous ne vivons pas le jour mais la nuit ! Cela n’impacte cependant pas vraiment le gameplay.
Les graines mélangent à la fois des inventions proches de notre quotidien, comme le « cruelcumber » (concombre cruel), des plantes existant réellement, comme le blé, ainsi que des choses bien plus fantaisistes comme le fruit de la lune.
Plus nous avançons dans le jeu, plus nous découvrons de nouvelles choses, comme le musée mais aussi la magie. La magie permet, en échange de mana, soit d’arroser des plantes spéciales arrosables uniquement par magie, soit de faire des tâches rébarbatives à notre place. Ces plantes magiques nous permettent d’alimenter une machine à mana pour améliorer les engrais ou la nourriture pour animaux.
Pour conclure cet éventail, l’aspect social du jeu est important et le titre est saupoudré à la fois de romance, de festivals, mais aussi de nombreuses cinématiques pour découvrir la vie de Moonlight Peaks. Comme dans tous les jeux de cette trempe, la ville est en ruines et seule notre intervention presque divine va lui permettre de retrouver sa superbe.
Le jeu offre de nombreux personnages avec leur personnalité… peu originale si vous avez déjà joué à d’autres jeux de ferme. Nous avons Orlock l’alcoolique, Fiona la blonde ténébreuse et hautaine, Mina la souriante et passionnée de pâtisseries…
En leur donnant des cadeaux (et plus tard, de l’affection), nous apprendrons à mieux les connaître et à les comprendre. Peut-être que Mina n’est pas si souriante que ce qu’elle essaie de nous faire croire ? Comment aider Fiona avec son blocage magique ? Nous débloquerons même la possibilité d’avoir des rendez-vous avec eux une fois notre relation plus avancée.
Des bonnes idées mais une sensation mitigée
Moonlight Peaks nous laisse avec un sentiment mitigé : dans les faits, c’est un bon jeu. Le gameplay est sympathique, le contenu intéressant, et certains points sont bien pensés. Nous avons apprécié certains détails de confort, comme l’arrosoir qui arrose en continu plutôt que case par case comme dans la plupart des jeux.
Le musée (qui arrive tardivement) est toujours une bonne idée dans un jeu de ce genre, et nous aimons découvrir les quelques insectes très étranges découverts dans des situations incongrues.
Certaines cinématiques sont amusantes alors que l’idée de Nokturna est sur le papier alléchante. Nous avons apprécié le concours de cuisine ainsi que toutes les recettes disponibles. Plus généralement, Moonlight Peaks a quelques ingrédients qui jouent en sa faveur.
D’un autre côté, le titre a aussi des défauts prononcés, surtout si comme nous vous êtes friands de ce genre de jeu. Moonlight Peaks fait comme les autres, ressemble aux autres, et ne propose rien de plus qui attire notre attention.
De plus, même si le gameplay n’est pas « original », il n’est pas non plus maîtrisé. La progression est trop scriptée et l’absence de RPG (pas de gain de compétences) retire la petite motivation qui nous permet de tenir pendant les temps faibles.
Le jeu fonctionne par saison mais nous sentons d’importants moments où nous n’avons plus rien à faire hormis attendre la prochaine saison pour continuer la suite de l’histoire. Il est frustrant de voir notre progression bloquée unilatéralement par le jeu et cela donne la sensation que le contenu n’est pas assez étoffé pour nous laisser avancer à notre rythme.
Certes, l’idée d’améliorer nos relations pour débloquer des quêtes est intéressante sur le papier, mais elle nécessite de longues journées à parcourir la carte juste pour offrir des cadeaux à toute la ville. Les événements sont pour la plupart peu captivants (hormis pour le concours de cuisine !), et certains étaient même bugués.
Une optimisation catastrophique et une ergonomie pas à la hauteur
Moonlight Peaks est accessible mais aussi pas très bien pensé en termes de confort. Les coffres à disposition sont minuscules, les raccourcis pour accéder à notre inventaire sont mal calibrés, et la cuisine devient fastidieuse : au lieu d’avoir un frigo qui stocke les ingrédients, nous devons fouiller le livre de recettes, mémoriser les ingrédients nécessaires, mémoriser l’emplacement de nos ingrédients et répéter l’action encore et encore.
De nombreux détails frustrent manette en main : pour récupérer du lait sur une vache, il faut interagir avec la vache puis appuyer sur le bouton « récupérer lait » (et interagir à nouveau si nous voulons caresser l’animal). Pour tous ceux qui rêvent d’avoir une grande exploitation laitière, la manipulation est fastidieuse et longue. Même nous, avec nos deux bovins, notre chèvre et notre mouton, nous nous sommes vite découragés.
Cet abus des menus se répercute aussi dans les relations amoureuses, dans les achats en boutique, dans le musée (quelle horreur de devoir aller dans chaque pièce pour donner un objet !) et globalement dans toutes les strates du jeu.
Il faut ajouter à cela que le jeu n’est pas du tout optimisé sur la console testée, c’est-à-dire la Nintendo Switch 2 ! Moonlight Peaks accuse de nombreux temps de chargement qui doublent les journées de jeu. Si la mémoire de votre console est déjà bien remplie, comptez dix-huit secondes pour lancer une cinématique, sortir d’un bâtiment, jouer à Nokturna ou vous déplacer dans une zone du jeu.
Avec une console ayant de l’espace, nous sommes tout de même à dix secondes de temps de chargement ! Et vu comment nous devons nous déplacer un peu partout sur la carte, nous apprenons qu’il vaut mieux réaliser une activité annexe pour jouer à Moonlight Peaks sans s’ennuyer.
Ce problème d’optimisation laisse aussi de nombreux lags lors des récoltes sous la pluie. Nous avons aussi de sérieux problèmes de fluidité lorsque nous restons longtemps sur le jeu, ainsi qu’à certains autres moments. Si le jeu a autant de mal sur Nintendo Switch 2, nous n’imaginons même pas sur la première Nintendo Switch.
Un autre point noir vient s’ajouter à cette litanie peu réjouissante : l’absence de traduction. Dans un jeu qui se veut très accessible et centré sur les relations sociales, cette absence de traduction est un tir à boulets rouges des développeurs à l’encontre de leur jeu. Pour une expérience cosy comme Moonlight Peaks, il est impossible de recommander une aventure non traduite, surtout à trente-cinq euros.
Une direction artistique douteuse et aucune traduction française !
Les graphismes nous laissent perplexes. Nous avions hâte, sur le papier, de découvrir cet univers gothique présenté par le jeu. La réalité est toute autre, et nous sommes déçus par le design des personnages qui nous ramène bien plus à des poupées Bratz qu’à l’univers gothique attendu.
Les dessins lorsque les personnages parlent sont ratés. Déjà, le décalage entre le personnage face à nous et son dessin est saisissant, et nous découvrons que Ludo a l’air finalement d’un adolescent ou que Luna a l’air bien plus vieille que ce que son design laisse penser. Pour un jeu où les relations sociales sont importantes, il est dur de s’immerger dans ces conditions.
Ces dessins laissent aussi un avant-goût presque IA assez dérangeant à l’œil, qui donne un côté peu naturel qui crée un contraste peu inspiré face au reste du décor. Notons malgré tout le travail sur les décors : même si ces derniers manquent d’âme pour nous, nous apprécions l’application des développeurs qui offrent une ville cohérente et des cultures toutes différentes visuellement.
La bande-son n’est malheureusement pas irréprochable. Si les musiques sont de qualité, le sound design est brut et nous sentons trop l’ajout des hiboux, criquets et autres sons extérieurs qui détonnent avec le reste. Ce qui doit être relaxant ne l’est finalement pas et c’est un sentiment déceptif qui nous habite.
Malgré tout, Moonlight Peaks reste un bon jeu qui peut être, si les problèmes d’optimisation sont réglés, une expérience qui se suit sans difficulté. Le jeu reste qualitatif, avec une durée de vie conséquente et de nombreuses activités à faire. Oui, il fait moins bien que les autres jeux sur le marché, mais il possède malgré tout avec de nombreux atouts dans sa besace qu’il ne faut pas négliger.
Le prix est dans la tranche très haute : avec ses 35€, il reste certes moins cher qu’un Fae Farm (45) ou Story of Seasons (50), mais il reste tout de même très cher quand on le compare à Sun Haven (25), Roots of Pacha (25), Cattle Country (25) ou l’indétrônable Stardew Valley (14). Dans ces conditions, avec les problèmes déjà mentionnés, difficile de recommander l’expérience et d’approuver ce tarif élevé.
Nous vous joignons deux vidéos du titre : la première, placée en milieu du test, présente les débuts. La deuxième montre l’avancée du titre après quinze heures de jeu.
Conclusion
Moonlight Peaks n’est pas un mauvais jeu, loin de là : le titre a des qualités indéniables, que ce soit avec son gameplay accessible, son contenu conséquent et ses quelques idées bien senties. Malheureusement, l’optimisation chaotique sur Nintendo Switch 2 (de très longs temps de chargement), son ergonomie mal pensée, son absence de traduction, son gameplay finalement peu original, sa progression très dirigiste, ses graphismes pas très inspirés et son prix plus élevé que les autres sont autant d’arguments qui nous amènent à déconseiller le titre, en tout cas, à l’heure actuelle. C’est dommage, car ce n’est pas un mauvais jeu et nous aurions voulu aimer ce nouveau titre, mais Moonlight Peaks fait comme les autres jeux, en moins bien et en plus cher. Espérons qu’une traduction française soit réalisée et que les problèmes de latence soient résolus.
LES PLUS
- Un jeu de ferme en plus, c’est toujours un plaisir
- L’arrosage des plantes, bien plus simple que d’habitude
- Un contenu, dans les faits, conséquent
- Quelques bonnes idées bien exécutées
- Toujours agréable d’avoir un musée à compléter
- Nokturna, une bonne idée
- Une grande carte
- Accessible
LES MOINS
- Aucune traduction française
- Un gameplay qui ressemble aux autres jeux sans se démarquer
- Une sensation d’avoir déjà vu encore et encore les personnages
- De gros temps de chargement sur Nintendo Switch 2
- Des lags à certains moments et lors de la pluie
- Un jeu dans la tranche haute du marché pour un titre moins bon que les autres
- Une progression dirigiste qui donne une sensation d’un contenu pas si conséquent
- Une direction artistique douteuse
- Un sound design parfois mal mixé








